Nos finalistes en lumière: le Dr Thierry Petry en 5 questions
1. Pourquoi souhaitiez-vous devenir médecin?
J’ai toujours baigné dans l’univers médical. Mon père était médecin, mes frères le sont devenus également, et ma mère était infirmière. Dès l’enfance, j’accompagnais mon père lors de ses visites de patients à domicile. Nous habitions une petite ville du nord-est de la France.
Mon père était aussi accoucheur. Les sages-femmes des environs l’appelaient pour des cas plus difficiles. Vers l’âge de 12 ans, lorsque je l’accompagnais dans ces accouchements, il lui arrivait de préparer une seringue d’anesthésie, d’insérer l’aiguille dans la veine de la patiente, puis de me demander de tenir la seringue en me disant : « Tu vas pousser quand je te ferai signe. » Au moment où il allait utiliser les forceps, il me faisait signe d’appuyer sur la seringue. Tout à coup, plus personne ne criait, l’ambiance redevenait paisible et détendue. C’était fantastique. C’est ainsi que je fus initié à l’anesthésiologie. Cela fait partie de mes souvenirs de jeunesse!

2. Quel est le souvenir le plus marquant de vos études en médecine?
C’était en 1969, dans un dispensaire de brousse au Rwanda. J’avais alors 19 ans et j’étais en deuxième année d’études en médecine. Un évêque, qui avait accueilli notre groupe d’étudiants à l’hôpital universitaire de Kigali, m’avait proposé de me conduire à ce dispensaire, situé à 2 heures de route de la capitale, pour vivre une expérience différente de celle qu’offrait l’hôpital.
Je me suis donc retrouvé dans ce tout petit dispensaire; divisé en quelques salles qui comprenaient chacune 6 lits. Deux sages-femmes belges s’occupaient des accouchements. Comme elles étaient épuisées, je me suis joint à elles pour partager les gardes… Une nuit, pendant qu’elles dormaient, avec pour tout éclairage une seule lampe, j’ai accompagné une femme qui allait donner naissance à des jumeaux. En fait, nous croyions qu’il s’agissait de jumeaux, mais après l’arrivée des deux bébés, dont l’un s’était présenté en siège, j’ai voulu retirer le placenta et je me suis rendu compte que je palpais encore quelque chose de dur… une autre tête ! Les triplés sont tous sortis vivants. Ce fut la première et la seule fois de ma vie où j’ai mis au monde des triplés!
3. À quoi ressemble une de vos journées typiques au travail?
La journée peut commencer très tôt, dès 6 h 30, lorsque je rencontre les pêcheurs et les forestiers, avant qu’ils partent au travail. Tous les jours, je passe du temps au téléphone, que ce soit pour rassurer des patients ou pour répondre à des collègues. Je discute notamment avec le physiothérapeute et la psychologue associés à notre clinique. Puis, je rencontre des patients plus âgés ou handicapés qui ont besoin d’infiltrations pour la gestion de la douleur. En après-midi, je réalise des procédures plus effractives, sous scopie ou par tacographie.
Les samedis et dimanches, je m’occupe parfois de patients hospitalisés qui ont cessé les anticoagulants et qui ont besoin d’une infiltration. Je rencontre également des « marginaux », soit des personnes qui n’ont pas de carte d’assurance maladie ou qui ne veulent pas mettre les pieds à l’hôpital. Je me rends disponible pour les voir à différents endroits, même au bistro du coin.
Où que je sois, en vélo ou au Parc national Forillon, ceux qui ont besoin de moi savent me trouver. Pour une situation urgente, on m’a déjà ramené à l’hôpital en zodiac! Un jour, je m’y suis rendu à cheval, jugeant que c’était plus rapide que de m’arrêter à l’écurie.

4. Quand vous n’exercez pas la médecine, qu’aimez-vous faire?
J’ai une petite ferme. Auparavant, j’avais des chevaux, des chèvres, des oies… J’ai encore des poules. Aussi, sans vouloir me vanter, j’ai le pouce vert. Je prends plaisir à mettre les mains dans la terre et à travailler dans les serres. Enfin, j’aime être au bord de l’océan, pour écouter le son des vagues.
5. Qu’est-ce qui vous passionne dans votre domaine?
La « verticalisation » au sens propre, c’est-à-dire le fait de contribuer à remettre les gens sur pied. Que ce soient des personnes âgées, limitées dans leurs mouvements par des douleurs au dos, afin qu’elles puissent se tenir debout, marcher et aller de l’avant. Ou encore les Inuit, afin qu’ils puissent à nouveau courir et repartir à la chasse, ce qui est fondamental pour eux.
De façon générale, mon rôle est de « changer le mal de place »… Si on soulage un bas de dos qui obscurcissait tout le quotidien d’une personne et qu’on arrive à dévier son attention sur autre chose, c’est une victoire.

3 choses à savoir à son sujet
- Membre fondateur de la Clinique de la douleur de l’Hôpital de Gaspé, le Dr Thierry Petry œuvre comme médecin anesthésiste dans la région depuis 40 ans.
- Aux côtés de Médecins Sans Frontières, il a effectué 26 missions dans des pays en guerre ou dévastés par des catastrophes naturelles.
- Durant plus de 20 ans, le Dr Petry s’est rendu régulièrement à l’Hôpital de Kuujjuaq pour y dispenser des soins. Amoureux du climat nordique, il a également été médecin d’expédition dans le Grand Nord québécois.

Thierry Petry, M.D.,
Anesthésiste
Le Dr Petry est finaliste dans la catégorie Humanisme des Distinctions du Collège.
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