18 MARS 2022

Nos attentes envers la refondation du réseau de la santé

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Le mot « refondation » a récemment fait son apparition alors que le gouvernement a commencé à paver la voie aux modifications importantes à introduire dans le réseau de la santé, sur la base de nombreuses failles mises en lumière pendant la pandémie. Nous formulons ici aujourd’hui nos attentes à titre d’ordre professionnel chargé de protéger le public en lui assurant une médecine de qualité. 

La première ligne

Le concept « d’un médecin pour chaque Québécois » ne tient la route que sur papier. Dans les faits, la démographie le rend irréaliste. Cependant, nous avons proposé, dans le cadre du projet de loi no11, que la première ligne soit élargie pour inclure un éventail de professionnels de la santé, travaillant avec les médecins. La grande campagne de vaccination du printemps 2021 a démontré que l’interprofessionnalisme est une voie d’avenir. Il est grand temps de réinventer la première ligne.

Le personnel soignant

L’humain étant au cœur de notre réseau de la santé, nous souhaitons que les conditions de travail de l’ensemble du personnel soignant, allant des incitatifs d’attractivité et de rétention jusqu’à la gestion des heures supplémentaires, soient actualisées en regard des meilleures pratiques et que ce travail soit reconnu à sa juste valeur.

Les soins à domicile

Nous ne voudrions pas que les soins à domicile soient dans l’angle mort de cette « refondation ».  Parent pauvre du financement et des ressources, les soins à domicile sont pourtant un élément-clé du désengorgement du réseau et de la qualité de vie des patients. Il faudra soutenir davantage les personnes proches aidantes et faciliter la vie des médecins qui voudraient visiter leurs patients à domicile. Collectivement, il faut se donner les moyens de « sortir de l’hôpital ». 

La santé mentale

La santé mentale requiert des mesures et du financement. À court de ressources et de moyens, ce secteur se retrouve actuellement à l’unité des soins intensifs au Québec. La Loi sur les services de santé et les services sociaux stipule que « toute personne a le droit de recevoir des services de santé et des services sociaux adéquats sur les plans à la fois scientifique, humain et social, avec continuité et de façon personnalisée et sécuritaire ». Les urgences ne sauraient être encore plus longtemps la porte d’entrée principale des cas en santé mentale.

La technologie

Le Québec accuse un important retard dans la communication numérique en santé. Nous devons nous doter de plateformes technologiques plus efficaces pour la communication entre professionnels de la santé et faciliter l’accès aux dossiers des patients. Comme le souligne le récent rapport de la Vérificatrice générale, l’accès à la téléconsultation devra être élargi et uniformisé à la grandeur de la province, et devenir une alternative appropriée lorsque des rendez-vous en personne ne seront pas requis. D’ailleurs, la prise de rendez-vous est aussi un véritable labyrinthe pour les patients et il est inacceptable de devoir payer pour qu’une plateforme nous déniche une place.  

Le privé

Avant de chiffrer le pourcentage de l’apport du privé dans la « refondation », il faudrait préciser de quoi il en retourne et vers quel modèle le gouvernement entend se tourner pour donner un peu d’air au réseau de la santé. Le privé ne doit pas drainer les ressources du public, ni s’occuper des cas légers en laissant les cas plus lourds aux hôpitaux, faute de ressources. On ne peut financer l’ouverture de blocs chirurgicaux dans des cliniques privées et laisser fermées des salles d’opération dans des hôpitaux neufs.

Notre collaboration

Le Collège sera le partenaire de toutes les actions gouvernementales qui mobiliseront les soignants et amèneront des changements durables et bénéfiques pour la population. Le diagnostic du ministre Dubé semble être le bon. Nous serons attentifs au plan de traitement conduisant au rétablissement.

Mauril Gaudreault, M.D.