5 JUIN 2017

L’évaluation en approche par compétences

Mot des vice-doyens du premier cycle
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Les compétences de nos apprenants doivent se manifester dans la résolution de problèmes cliniques. Au-delà de l’expertise clinique, les compétences visées comportent la collaboration, la communication, le professionnalisme, l’érudition, la promotion de la santé et le leadership. L’Association des facultés de médecine du Canada a adopté douze « activités professionnelles confiables (APC)1 » qui combinent ces compétences. L’évaluation de l’acquisition progressive des compétences sous-jacentes à ces APC devrait être répétée et effectuée longitudinalement. Elle oblige à une observation directe avec une rétroaction fournie à l’étudiant. Vers la fin du cursus prédoctoral, on devrait pouvoir confier ces activités professionnelles sous supervision indirecte à l’apprenant, en toute confiance, en guise de préparation à son début de résidence.

En plus de l’observation directe lors de la formation préclinique mais aussi et principalement lors des stages cliniques, il existe d’autres méthodes d’évaluation longitudinale portant sur le développement des compétences transversales et de l’expertise clinique. Le test de rendement progressif (TRP) est un examen écrit avec un « plan directeur » qui vise à évaluer l’atteinte des objectifs en fin de parcours. La particularité du TRP est que les étudiants doivent l’effectuer à plusieurs moments durant leur formation prédoctorale, une à deux fois par année. Certes, on cible une note plus élevée en fin de parcours que plus tôt durant le curriculum. Cependant, l’interprétation des résultats d’un TRP dépend aussi des résultats antérieurs de l’étudiant, car on vise principalement une progression individuelle. Le TRP nous permet donc d’observer la progression de l’acquisition des connaissances et de leur application par l’étudiant.

Selon la onzième APC,  l’apprenant doit « effectuer les gestes techniques qui relèvent de la responsabilité d’un médecin ». L’enseignement des gestes techniques peut commencer au centre de simulation avec des modèles et se poursuit dans le milieu clinique. L’évaluation de l’atteinte des exigences est faite dans ces deux contextes.

L’examen clinique objectif structuré (ECOS) demeure un outil d’évaluation important dans une approche par compétences. Bien que l’observation directe dans le milieu clinique montre les habiletés de l’étudiant face à des situations cliniques parfaitement authentiques, l’ECOS nous assure de sa performance devant une même situation clinique, selon des grilles d’évaluation standardisées. Cela nous permet aussi d’adapter les objectifs visés selon son niveau de formation. Par exemple, lors du premier ECOS du curriculum, l’étudiant doit démontrer qu’il maîtrise les gestes de l’examen physique et questionner des patients simulés; lors du deuxième ECOS, il doit interroger le patient et interpréter les informations recueillies pour élaborer des hypothèses diagnostiques précoces et, par la suite, procéder à un examen physique ciblé; lors du dernier ECOS, il doit en plus conseiller le patient et lui expliquer son diagnostic différentiel et la conduite à tenir.

Certaines APC sont particulièrement bien adaptées à l’évaluation en situation d’ECOS, en particulier en fin d’externat. Par exemple, la huitième APC exige de l’étudiant qu’il apprenne à « identifier les patients qui nécessitent des soins urgents ou d’extrême urgence, chercher à obtenir de l’aide et assurer la prise en charge initiale ». À l’aide de la simulation lors de l’ECOS, l’apprenant est donc appelé non seulement à établir l’urgence de la situation et à chercher de l’aide, mais aussi à poser des gestes initiaux pour stabiliser le patient, en collaboration avec d’autres professionnels de la santé. Enfin, la neuvième APC vise à ce que l’apprenant soit capable de « communiquer en situation difficile ». L’ECOS à la fin du parcours évalue systématiquement la capacité de l’apprenant à transmettre une mauvaise nouvelle à son patient en toute empathie, en faisant preuve d’une belle écoute et en établissant clairement les prochaines étapes.

Bien que les programmes de formation prédoctorale soient axés sur la progression de l’apprenant vers l’acquisition des APC, l’étudiant peut suivre sa propre progression à l’aide des outils d’évaluation, dont l’utilisation d’un portfolio. L’apprenant y documente ses expériences et, dans certains cas, planifie les expériences futures nécessaires pour satisfaire aux attentes du programme. Cette responsabilisation de l’apprenant et cette collaboration entre l’apprenant et l’équipe du programme sont essentielles au développement de la compétence professionnelle du futur médecin résident. L’évaluation de l’acquisition des APC est un moyen de suivre concrètement cette progression tout en assurant la sécurité des patients en début de résidence.
 

Beth-Ann Cummings, M.D.
Université McGill
adugme.med@mcgill.ca

Geneviève Grégoire, M.D.
Université de Montréal
Genevieve.gregoire.1@umontreal.ca

Ève-Reine Gagné, M.D.
Université de Sherbrooke
Eve-Reine.Gagne@USherbrooke.ca

Jean-François Montreuil, M.D.
Université Laval
Jean-francois.montreuil@fmed.ulaval.ca

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1 « Enstrustable Professional Activities » en anglais, ou EPA.