SEPTEMBER 30, 2022

Votre priorité parmi les priorités

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Dr Mauril Gaudreault

Vous avez été des centaines à prendre quelques minutes pour répondre à notre sondage sur les priorités en santé du prochain gouvernement. Sans surprise, un médecin sur deux estime que l’enjeu de l’accès aux soins est, et demeure, la principale priorité parmi les sept attentes que le Collège a formulées aux chefs de partis.  En deuxième place, les mesures pour retarder la retraite des médecins sont également parmi vos principales préoccupations. Puis, en troisième place, vous souhaitez faire du financement en santé mentale une priorité. D’ailleurs, en ce qui a trait à ce dernier enjeu, le récent suicide hautement médiatisé d’une jeune femme, laissée à elle-même dans une situation de détresse psychologique, témoigne une fois de plus de l’urgence d’agir. 

Vous avez aussi été des centaines à prendre le temps de formuler des commentaires bien sentis sur ce qui accable le réseau de la santé et compromet tant la qualité et l’équité des soins que les conditions de pratique.

En voici quelques-uns qui résument bien les points de vue les plus récurrents: 

Le système s'écroule. Il faut trouver des solutions avec une vision globale et penser différemment. Ça presse...

La première ligne médicale est la fondation sur laquelle repose le réseau. Les investissements en 2e et 3e ligne perdent en efficience lorsque la première ligne médicale est sous-financée.

Des mesures pour prévenir les départs hâtifs à la retraite comme le demi-PEM sont primordiales.

La santé mentale est un enjeu de société criant et en prendre soin améliorera la situation en première ligne.

Il faut diminuer la paperasse afin de permettre aux médecins de passer plus de temps à voir des patients au lieu de remplir des documents.

On doit cesser de vouloir faire fonctionner les choses comme avant. Il n’y en aura pas de personnel. Ni demain ni après-demain. Voyons autrement. 

Implantons des comités éthiques dans tous les établissements pour revoir la priorisation des soins et minimiser les soins futiles.

Les infrastructures sont inadéquates dans plusieurs régions, ce qui occasionne une iniquité dans la qualité des soins. On a besoin d’un système de santé centralisé comme jamais auparavant.

Il est temps d'intégrer le privé dans notre système de santé. La majorité des pays européens avec un système public l’ont déjà fait

Il faut arrêter d’écarteler les médecins de famille entre le bureau, l’hôpital, les soins à domicile (…) Ce n’est pas en créant une nouvelle agence ou en ajoutant des gestionnaires qu’on va répondre aux besoins des patients. Il faut aussi arrêter l’hémorragie des professionnels qui quittent vers le privé (…) on ne fait que vider les hôpitaux et allonger les listes d’attente.

Point de rupture

Tous ces propos illustrent avec éloquence que le point de rupture est maintenant atteint et qu’il faut réinventer le réseau de la santé, dans lequel vous vous investissez pourtant avec cœur, en dépit de tous les irritants. Nous sommes tous témoins des miracles que vous accomplissez au quotidien, dans des conditions difficiles, en soignant et guérissant la population et en faisant avancer la médecine. 

Je reste grandement préoccupé par les iniquités que j’ai constatées lors de ma tournée des pôles en santé: asymétrie dans l’accès, dans les ressources et dans les milieux de pratique. Le Collège sera donc extrêmement vigilant au cours des prochains mois, durant la mise en place du Plan santé du nouveau gouvernement. La démarche d’élargissement des pratiques professionnelles sera d’ailleurs centrale parmi nos préoccupations.

Cette question fera l’objet d’une discussion lors du « Rendez-vous du Collège », qui se tiendra le 4 novembre prochain en matinée, en amont de notre assemblée générale annuelle.