SEPTEMBER 16, 2022

Élections 2022 : les attentes du Collège des médecins

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Dans le cadre de son mandat de protection du public, le Collège des médecins du Québec fait part à ses membres de ses attentes envers le prochain gouvernement, qui sera élu le 3 octobre. Il s’agit prioritairement d’enjeux et de préoccupations en lien avec l’environnement, l’accès aux soins, l’aide médicale à mourir, la santé mentale, le rehaussement technologique, l’assouplissement des obligations cliniques des médecins en fin de carrière et la place du privé dans le réseau public. 

Un environnement sécuritaire partout au Québec

Pour le Collège, il est clair que les rejets industriels contaminant le sol, l’air et l’eau ont des impacts directs sur la santé. Nous demandons donc au prochain gouvernement de faire preuve d’une plus grande transparence et de proactivité en regard des enjeux environnementaux ayant des impacts directs sur la santé de la population. Tous les citoyennes et citoyens sont en droit de connaître l’état de l’air, du sol et de l’eau dans leur milieu de vie. Quant aux ententes autorisant un dépassement de contamination au-delà des normes internationales reconnues, elles doivent être rendues publiques. Nous souhaitons également que le gouvernement pose des actions préventives en matière d’environnement, encadrées par des critères précis. Il est impératif d’agir rapidement, avant d’en arriver au point de bascule, qui est imminent selon l’ensemble des experts internationaux.

Un accès rapide à la première ligne, aux soins spécialisés et aux soins à domicile

Le nouveau gouvernement devra offrir le financement nécessaire pour le déploiement rapide d’une première ligne de soins, composée d’une équipe diversifiée de professionnels, incluant des médecins de famille. Cette approche doit permettre de revaloriser le rôle de ces derniers au sein du réseau de la santé. Les retards en chirurgie et l’allongement des listes d’attente en consultation représentent un poids immense sur l’ensemble du réseau et entraînent des retards de diagnostic. Pour éviter un nombre élevé d’hospitalisations, le nouveau gouvernement doit également financer les soins à domicile et favoriser l’interdisciplinarité. Il faut par ailleurs mieux soutenir les proches aidants et remanier les fonds dédiés aux organismes qui soutiennent les personnes dont l’état de santé compromet le maintien dans la communauté.

Une aide médicale à mourir élargie et équitable 

Nous demandons à nouveau que les lois fédérale et québécoise soient harmonisées afin que les patients d’ici aient droit au même accès à l’aide médicale à mourir (AMM) que l’ensemble des Canadiennes et des Canadiens aux prises avec des maladies, des affections ou des handicaps.  Au Québec, une personne doit être atteinte d’une maladie grave et incurable pour avoir accès à l’AMM. Nous attendons donc du nouveau gouvernement qu’il remette au feuilleton le projet de loi sur l’élargissement de l’AMM, notamment aux personnes atteintes d’un handicap neuromoteur. Un débat sur l’élargissement de l’AMM aux cas de santé mentale devra aussi avoir lieu puisque le gouvernement fédéral est sur le point de l’autoriser. Il ne peut y avoir deux lois régissant une même souffrance.  

Un financement approprié en santé mentale

La pandémie a exposé et exacerbé les besoins de plus en plus criants pour des soins accessibles en santé mentale. Le nouveau gouvernement doit bonifier l’offre de services en établissement et déployer plus de ressources sur le terrain.  La mise en œuvre du nouveau Plan d’action en santé mentale doit s’accélérer avant que ce problème devienne un enjeu de santé publique.  

Un virage numérique en santé 

Dans le réseau de la santé, le télécopieur doit maintenant entrer au musée, comme tous les instruments médicaux désuets. Il faut se doter prioritairement de plateformes technologiques optimisant la communication entre les professionnels et facilitant leur accès aux dossiers médicaux. Cela est d’autant plus nécessaire dans la perspective d’un élargissement de l’interprofessionnalité.

Des mesures pour prévenir les départs hâtifs à la retraite

De plus en plus de médecins envisagent une retraite hâtive, notamment en raison de la lourdeur de leurs obligations cliniques. Le nouveau gouvernement doit favoriser la poursuite de leurs activités professionnelles en modulant certaines obligations en milieu hospitalier comme les gardes, ou en introduisant des demi-PEM (plans d’effectifs médicaux). 

Des balises pour l’intégration du privé dans le public

Enfin, le Collège demande que le nouveau gouvernement clarifie tout projet d’ajout de services privés en santé. Il faut en éviter les effets pervers, qui pourraient conduire le personnel soignant à délaisser les hôpitaux au profit de cliniques offrant des conditions de travail plus attrayantes. Cela laisserait les cas plus lourds à des équipes dégarnies en milieu hospitalier, alors que les cas plus légers se retrouveraient dans les cliniques privées. Le vieillissement de la population, la pénurie de main-d’œuvre et les pathologies multiples chez les patients sont autant de phénomènes en croissance. Il faut continuer de s’y attaquer, tout en revoyant les façons de faire.