6 FÉVRIER 2017

Recommandations intérimaires pour le bon usage du Mifegymiso (« pilule abortive »)

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En juillet 2015, Santé Canada autorisait la mise en marché du MifegymisoMD, une formulation de mifépristone et de misoprostol utilisée aux fins d’interruption volontaire de grossesse (IVG) d’âge gestationnel maximal de 49 jours. Or, ce n’est que depuis le mois de janvier 2017 que ce médicament est officiellement disponible sur le marché canadien. 

Santé Canada et la monographie officielle du médicament précisent des conditions d’administration très strictes et des modalités de distribution restreintes. Le Collège des médecins du Québec (Collège) et l’Ordre des pharmaciens du Québec sont préoccupés par certaines de ces exigences, lesquelles ne tiennent pas compte des obligations relatives au contexte professionnel du Québec. Parmi celles-ci, mentionnons :

  • L’obligation d’administrer le mifépristone  sous surveillance médicale;
  • L’obligation d’une formation et d’un processus de certification pour les professionnels de la santé ayant à prescrire et à distribuer le médicament;
  • L’assurance de la certification du médecin prescripteur lorsqu’un pharmacien reçoit et exécute une ordonnance;
  • La non-possibilité pour le pharmacien de remettre directement le médicament prescrit et préparé à la patiente (il est plutôt remis au médecin pour administration);
  • Les modalités de consentement des patientes.
Normes et obligations professionnelles au Québec

Il est tout d’abord utile de rappeler qu’au Québec, la distribution et la vente des médicaments sont des activités réservées aux pharmaciens. 

De plus, le Collège rappelle à ses membres que :

  • Le médecin doit s’abstenir de vendre des médicaments, à l’exception d’un médicament qu’il administre directement et pour lequel il ne peut réclamer un montant disproportionné en paiement1, ne pouvant de plus rechercher ou obtenir un avantage financier pour cette ordonnance2. Ainsi, le MifegymisoMD ne peut être vendu par le médecin;
  • Au Québec, la pratique de l’IVG, tant chirurgicale que pharmacologique, est encadrée par les lignes directrices L’interruption volontaire de grossesse, publiées par le Collège des médecins du Québec en 2012. Un groupe de travail a déjà entrepris une mise à jour de ces lignes directrices et une nouvelle version devrait paraître sous peu;
  • Le MifegymisoMD est une option thérapeutique qui s’inscrit dans le cadre de la pratique des IVG. Comme il s’agit d’un médicament qui peut présenter des risques sérieux, le médecin qui envisage de prescrire ce médicament doit :
    • Détenir des compétences en matière d’IVG, tant pharmacologiques que chirurgicales;
    • S’assurer que le choix de la femme d’obtenir un avortement ou non résulte d’une décision éclairée, sans pression de tiers, prise en toute connaissance des risques et des conséquences;
    • Prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer une disponibilité pour le suivi de la patiente, y compris la prise en charge des complications, à moins de s’être assuré qu’un collègue ou qu’un autre professionnel peut le faire à sa place;
    • Prendre toutes les précautions et mesures en cas d’urgence, y compris l’accès facilité à un établissement de santé disposant des ressources et des équipes professionnelles pour la prise en charge des complications sérieuses et urgentes. Une entente de services aura préalablement été conclue avec l’établissement.
Des questions importantes qui demeurent

L’accès et la gratuité à l’IVG chirurgicale sont depuis longtemps couverts par le régime public et ce, partout au Québec. 

En revanche, la couverture par le régime public de la pilule abortive est un enjeu qui n’est pas encore résolu. Le MifegymisoMD fait actuellement l’objet d’un processus d’évaluation par les autorités compétentes (Institut national d'excellence en santé et en services sociaux et ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec) aux fins d’établir des modalités de couverture et l’établissement de trajectoires de soins le cas échéant. 

En accord avec leur mission première de protection du public, le Collège des médecins du Québec et l’Ordre des pharmaciens du Québec souhaitent que ce nouveau traitement puisse se réaliser en toute sécurité par des professionnels compétents et soucieux d’assurer le suivi requis par l’état de la patiente.

Que faire dans l’intérim?

Les médecins qui désirent prescrire le MifegymisoMD doivent reconnaître l’importance d’une communication efficace entre la patiente, le pharmacien et le médecin.

En attente de l’établissement de trajectoires de soins sécuritaires bien établies et des avis portant sur la couverture de ce médicament par le régime public, il est de la responsabilité du médecin prescripteur d’avoir une communication avec le pharmacien désigné, afin d’établir clairement les procédures entourant la prise du médicament, évitant toute confusion à cet égard.

Dès que l’organisation des services sera mieux définie, les ordres professionnels s’engagent à informer leurs membres des développements dans ce dossier.

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1 Art. 76, Code de déontologie des médecins.
2 Art. 73 (1), Code de déontologie des médecins.